19 mai 2026

Hantavirus : une mission scientifique traque des rongeurs suspects à Ushuaia

Une mission scientifique a débuté en Terre de Feu, en Argentine, afin de capturer et analyser des rongeurs potentiellement porteurs d’hantavirus. Cette opération intervient après un foyer d’infection détecté à bord du navire de croisière Hondius, parti d’Ushuaia début avril. Les autorités locales contestent toutefois l’hypothèse d’une contamination sur leur territoire.

Une mission scientifique a été lancée en Terre de Feu, dans le sud de l’Argentine, afin de rechercher d’éventuels rongeurs porteurs d’hantavirus autour d’Ushuaia. L’objectif est de déterminer si certains animaux présents localement pourraient être infectés par la souche dite des Andes, un hantavirus connu en Amérique du Sud.

Cette opération intervient après la détection d’un foyer d’infection à bord du navire de croisière Hondius, parti d’Ushuaia le 1er avril. Plusieurs cas ont été signalés parmi les passagers, avec trois décès rapportés à ce jour. Le premier cas identifié concernait un ressortissant néerlandais qui avait séjourné environ quarante-huit heures à Ushuaia avant d’embarquer.

Des biologistes venus de Buenos Aires ont commencé à poser des pièges en différents points de l’île australe. Certains dispositifs ont été installés près de sentiers situés à l’extérieur d’Ushuaia, tandis que d’autres ont été placés dans le parc national de la Terre de Feu, une vaste zone naturelle située à une quinzaine de kilomètres de la ville.

Jusqu’à 150 pièges devaient être déployés. Ils sont installés à la tombée de la nuit, car les rongeurs ciblés ont principalement une activité nocturne, puis relevés le matin. Les animaux capturés feront l’objet de prélèvements biologiques, notamment de sang et de tissus, dans un centre respectant des règles strictes de biosécurité.

Le rongeur au centre des investigations est le raton colilargo, aussi appelé rat pygmée de rizière à longue queue. Il s’agit d’un petit rongeur mesurant environ 6 à 8 centimètres, avec une queue pouvant atteindre 15 centimètres. Il vit dans des milieux boisés, des zones de buissons et peut nicher dans des cavités de troncs. Son régime alimentaire est principalement composé de fruits et de graines.

Les scientifiques cherchent à savoir si les rongeurs présents en Terre de Feu sont bien porteurs d’un hantavirus. Cette question fait débat localement, car la souche des Andes est officiellement absente de cette province argentine. Elle est en revanche connue dans d’autres régions plus au nord, notamment dans des provinces andines comme Rio Negro ou Chubut.

Les autorités de Terre de Feu contestent fortement l’hypothèse selon laquelle le foyer de contamination aurait pu commencer sur leur territoire. Elles rappellent qu’aucun cas d’infection à hantavirus n’a été enregistré dans la province depuis que la déclaration de cette maladie y est obligatoire.

Plusieurs scientifiques locaux estiment que la mission permettra de clarifier la situation. Pour eux, les analyses doivent permettre de mieux évaluer le risque réel représenté par les rongeurs présents dans la région, mais aussi de confirmer ou d’écarter l’hypothèse d’une circulation locale du virus.

L’isolement géographique de la Terre de Feu est également mis en avant. L’archipel est séparé du continent par le détroit de Magellan, une barrière naturelle importante pour de nombreuses espèces animales. Certains spécialistes estiment donc possible que les populations locales de rongeurs soient différentes de celles présentes dans les zones déjà connues pour la circulation du virus.

Une autre hypothèse reste étudiée : le premier cas aurait pu être infecté dans une autre région visitée avant l’embarquement. Le couple néerlandais concerné aurait voyagé plusieurs mois en Argentine, avec également des étapes au Chili et en Uruguay. Le Chili fait partie des pays où certains hantavirus sont connus.

Les résultats des analyses sont attendus dans un délai d’environ quatre semaines. Ils devraient permettre de mieux comprendre si le virus circule réellement en Terre de Feu ou si la contamination initiale a eu lieu ailleurs.

Pour les autorités locales, l’enjeu est aussi touristique. Ushuaia est une destination importante pour les croisières, notamment entre septembre et avril. La ville accueille chaque année de nombreux visiteurs attirés par les paysages de Patagonie et les départs vers l’Antarctique. Les responsables locaux espèrent que cette mission scientifique permettra de rassurer la population et les voyageurs.

À ce stade, l’origine exacte de la contamination n’est donc pas confirmée. Les investigations se poursuivent afin d’établir avec précision le rôle éventuel des rongeurs locaux et le parcours d’exposition des premiers cas.

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